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Les
peintres précurseurs dès la fin du XVlIIème siècle
Toutes
les raisons qui ont concouru à créer le mythe barbizonnais
Octobre 1787. La Cour de Louis XVI est revenue à Versailles avec les premiers frémissements de l'automne. Nobles seigneurs ou hauts dignitaires du clergé entourent le Roi. Les questions fusent, empreintes de flagornerie: " Sire, comment s'est passée la chasse et qu'avez-vous vu en forêt de Fontainebleau? " Et le Roi a cette réponse naturelle presque candide: "Je n'ai vu que des sangliers et Bruandet ". Bien avant d'attirer les peintres dans les villages entourant la forêt, le gibier si abondant dans celle-ci fut la première raison de sa renommée, avec le rendez-vous de chasse de Philippe Auguste qui devait devenir plus tard le château de François 1er et des rois de France jusqu'au Second Empire. Lazare Bruandet n'était pas un chasseur, mais il vécut longtemps caché dans les ruines d'un ancien oratoire bâti au milieu des rochers de Franchard, pour une raison fort simple: il avait tout simplement défenestré sa compagne avec qui il vivait à Paris, mettant par là un terme définitif et sans appel à leur liaison. Il faut dire que ce Bruandet était peintre et qu'il s'était trouvé un compagnon, Jacques-François Swebach -lui aussi peintre -pour meubler la solitude de ces hautes futaies qui les entouraient. Lazare Bruandet (1754-1804) et Jacques-François Swebach (1769-1823) comptent parmi les premiers artistes à fréquenter la forêt. Mais ils ne furent pas les seuls. Un camarade de Bruandet, Georges Michel (1763-1843), que l'on surnommait le "Ruysdael de Montmartre " avait, lui aussi, rejeté tout l'académisme qui prévalait dans les salons parisiens pour reproduire sur sa toile cette nature vraie avec laquelle tous ses amis communiaient. Pierre-Henri de Valenciennes (1750-1819) qui n'appartient pas, à proprement parler, à ce cénacle puisqu'il fut un maître du paysage historique, mérite néanmoins de figurer dans cette anthologie car il fut l'un des premiers à peindre sur le motif, tout comme Victor Bertin (1775-1842) dont les élèves avaient pour nom: Jules Coignet, Michallon (1796-1822) et Corot (1796-1875), encore que ce dernier ait attendu 1822 et ses séjours à Chailly-en-Bière pour oublier presque complètement l'orthodoxie picturale glanée au cours de ses voyages en Italie. Il faut également citer deux peintres de notre région, Lantara né à Oncy en 1729 et surtout Caruelle d'Aligny (1798-1871) originaire de Chaumes-en-Brie, qui appartiennent, eux aussi, à ces précurseurs de l'Ecole de Barbizon. Et cette liste non exhaustive ne peut passer sous silence Stamati Bulgari, compagnon de Bonaparte en Egypte, élève de David, qui découvrit en 1821 Chailly-en-Bière et rencontra, l'année suivante, Corot dont il devint l'ami. Il faut donc accepter ce postulat démontrant à l'évidence que ce bassin bellifontain et ses villages alentours dessinaient en quelque sorte une palette de peintre avec, pour limites, Chailly-en-Bière, Barbizon, Bourron-Marlotte, et Montigny. Il est également permis de penser que le destin avait marqué de son doigt cette région privilégiée pour en faire un haut lieu de la création artistique. Les convulsions politiques de 1848 où le peuple de Paris apprit à déterrer les pavés de la capitale pour en ériger des barricades -apprentissage qui devait encore lui servir ...mais beaucoup plus tard -tout comme l'épidémie de choléra qui sévissait alors sont certainement des raisons qui incitèrent les peintres et leur famille à quitter leurs ateliers de la rue Rochechouart pour venir s'installer à Barbizon. Nous verrons plus tard quel destin fut celui de Jean-François Millet, mais il faut dire ici que son arrivée à Barbizon en 1849, emmené par son ami Charles J acque, ne pouvait passer inaperçue de la colonie artistique déjà établie, car son renom de portraitiste s'affirmait déjà dans la capitale, même s'il appartenait encore -et pour longtemps -comme son ami Théodore Rousseau à la Pléiade des éternels refusés des salons. On venait le voir, l'écouter ou lui demander conseil. C'est peut-être le moment de parler de 1'aubergeGanne qui joua un si grand rôle dans l'épopée barbizonnaise. Le père Ganne était un ancien tailleur de pierres, installé au village depuis 1824 et qui préféra, un jour, accrocher un beau genévrier au-dessus de sa porte, symbole à l'époque d'une auberge. Il ouvrit donc un petit commerce d'épicerie où il vendait sucre, sel, condiments et chandelles. Tout comme du fil d'archal bien utile pour fabriquer des collets à lapin. Sa femme, la mère Ganne, était renommée pour ses onctueux fromages de Brie et ses succulents pâtés. Une pièce servait d'épicerie tandis qu'une autre contenait les tables d'hôtes. A l'étage et dans les annexes, quelques chambres communes pour voyageurs. Il est piquant de constater que la pension complète en cette bienheureuse époque était de 48 sous par jour, soit 2,40 F, somme pour laquelle le vin était à discrétion. Même si la remarque de Jules Breton, qualifiant Barbizon de Bethléem de la peinture moderne paraît exagérée, cette assertion trop flatteuse ne peut faire oublier que c'était là le point de rencontre de tous ces peintres et visiteurs qui venaient leur rendre visite. Parmi eux, des anciens comme Troyon, Narcisse Diaz de la Pena, Louis Français, Paul Huet ou Célestin Nanteuil. Mais les visiteurs ne maniaient pas tous le pinceau puisqu'ils comprenaient aussi les frères Goncourt qui écrivirent là Manette Salomon, des sculpteurs comme Carpeaux ou Louis-Antoine Barye, l'historien Hyppolyte Taine, le poète Mallarmé, venu en voisin de sa maison toute proche de Valvins, et quantité d'autres personnages en renom comme le dandy Barbey d'Aurevilly qui visita en 1868 cette fameuse auberge. Les esprits facétieux qualifiaient ce modeste estaminet de vrai-vide bouteille de l'art. Une chose est certaine: les Ganne surent offrir aux hôtes de la forêt une pension dans laquelle leur bourse était ménagée et leurs innombrable fantaisies acceptées par tous. La mère Ganne, pourtant peu portée à l'altruisme, veillait avec un soin jaloux sur les registres de ses clients -aujourd'hui précieusement conservés -sur lesquels elle inscrivait les sommes dues par chacun d'eux. Un tableau vendu à Barbizon ou à Paris, et les yeux des aubergistes, quelque peu cupides, brillaient de satisfaction après les avoir scrupuleusement notées sur le livre des comptes. Les récents travaux considérables, entrepris pour agrandir et moderniser l'auberge Ganne, font de cet endroit un Musée enfin digne des milliers de visiteurs français et étrangers qui fréquentent chaque année Barbizon, le " Village des Peintres ", à la recherche du mystère éternel et insondable de la nature. |
Dernière modification : 23 février 2006
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