BARBIZON,
Ses
origines, son histoire, le village et ses habitants.

Barbizon est devenue commune à part
entière par la loi du 20 novembre 1903. Auparavant elle était rattachée au
village de Chailly-en-Bière. La dénomination de l'orthographe a été souvent
modifiée au cours des siècles:
Barbitio ou Barbitione Villare en 808
Barbuison en 1222
J .de Barbizone en 1293
Barbizon en Gatinois en 1385
Barbiron en 1392
Barbuyson en 1413
Barbisson en 1437
Barbizon en 1487
Comment expliquer l'extraordinaire renom de ce qui n'était
encore au début du XIXème siècle, qu'un pauvre hameau rattaché à la commune
voisine de Chailly-en-Bière ?
La naissance de Barbizon ne date pas d'hier. Tous les
passionnés d'histoire locale ont déchiffré avec émotion Barbitio sur des
capitulaires de Charlemagne remontant à 808, et il a fallu attendre la
deuxième moitié du XIXème siècle pour que l'orthographe que nous connaissons
aujourd'hui de ce village soit définitivement adoptée.
L'étymologie du mot emprunte certainement au vieux mot
gaulois, Bar, sa première syllabe, dont on connaît tant d'utilisations dans
notre pays, quand il évoque les barrières ou murailles entourant les villes
-Bar-le-Duc, Bar-sur-Aube etc. ainsi en était-il des haies serrés d'arbres et
d'arbustes qui ceinturaient le pays, le protégeant des incursions nocturnes des
animaux de la forêt venant dévaster les potagers des pauvres chaumières de
l'époque.
C'est le mot latin Bestiae pour bêtes qui par extension,
est venu s'accorder au préfixe Bar, devenant ainsi Barbizon. Rien à voir donc
avec les grands bovidés nord-américains qui illustraient nos livres d'enfance,
ni avec ces généreuses barbes, si en vogue au siècle dernier, en particulier
parmi la colonie artistique de Barbizon.
Plusieurs siècles allaient s'écouler avant que l'on
entendit, à nouveau, parler de Barbizon. Le hameau, à l'écart de la grande
voie romaine qui reliait la Méditerranée au nord de la France, souffrit peu
des guerres de religion ou des grandes invasions, et même le conflit
franco-prussien de la guerre de 1870, dérangeant seulement quelques peintres
installés là, n'apporta aucun dommage aux bûcherons ou paysans qui vivaient
abrités dans la quarantaine de feux du pays.
A quoi pouvait bien ressembler Barbizon à la fin de
l'époque Napoléonienne?
Une seule et unique rue -la rue Grande actuelle -non
pavée, qui se transformait en bourbier dès la mauvaise saison, en raison des
nombreux passages de troupeaux que l'on menait chaque jour paître dans la
forêt. Par temps de pluie une rigole serpentait au milieu de la rue,
s'écartant parfois pour former de petites mares où barbotaient les canards ou
autres pensionnaires des basses-cours.
De part et d'autre, d'humbles chaumières et quelques
maisons construites avec ce grès si fréquent dans la région, pierre grise qui
se prête mal à la taille, aux propriétés hygrométriques si particulières.
Ces maisons étaient couvertes de tuiles du pays, mais les autres, les plus
modestes, étaient plus coquettes avec les giroflées, ravenelles et autres
fleurs qui poussaient sur le faîtages des toits de paille.
Parfois sur un long mur aux pierres disjointes,
s'adossaient quelques bancs mal taillés dans ce même grès par les carriers de
de la forêt toute proche. Souvent une large porte bétaillère, laissée
ouverte, permettait d'apercevoir la cour d'une ferme, des instruments aratoires
ou un tas de fumier sur lequel picoraient des poules.
Et les habitants dans tout cela?
Nous l'avons vu : c'étaient les bûcherons portant leur
lourde cognée sur l'épaule, les tailleurs de pierre revêtus de leur blouse en
coutil, les charbonniers qui carbonisaient le bois dans leur grand four, en
plein air, et les paysans qui depuis des temps immémoriaux, arrachaient à la
terre nourricière les secrets d'une nature universelle.
Les femmes portaient toutes comme coiffure la marmotte,
avec les deux petites cornes du noeud qui faisaient saillie, ou bien un bonnet
rond à ailes de dentelle, et le vêtement habituel se composait souvent d'une
grande mante en molleton, bordée de larges rubans de velours noirs. Les hommes
quand à eux, seulement le dimanche, portaient d'amples limousines rayées de
couleurs claires.
C'était là, en vérité, un hameau de notre pays, sans
histoire, un hameau parmi tant d'autres, où le chemin de la messe conduisait
les épouses et leurs enfants à l'office dominical tandis que les hommes
s'attardaient au cabaret de Chailly-en-Bière, pour vider quelques verres, au
milieu des volutes de fumée que dégageaient pipes ou cigares.
Par quel extraordinaire le destin malicieux allait-il
guider ce village de France -encore simple hameau -et le conduire sur les
chemins d'une renommée universelle?
Texte
extrait du livre de Roger Karampournis « Barbizon, le Village des
Peintres »
publié aux Editions Amatteis
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